EFFET MIROIR — Je suis allé voir mon psy cet après-midi et après le rituel d’usage, je pris tacitement la parole et lui avoua, un peu gêné, la source de mon tourment récent :

« Docteur, chaque fois que je vois un membre du gouvernement En Marche, je ressens une pulsion soudaine, avec une envie immodérée de lui éclater la tête à la clé à molette… »

Il acquiesça d’une petite moue complice, comme le font si bien ceux qui entendent une confession en se voulant encourageants sans pour autant prendre position. Et aussitôt, il présenta une expression nouvelle qu’il ne m’avait jamais dévoilée jusqu’alors : l’air absent pendant quelques secondes, songeur, incertain, égaré.

Il se ressaisit avec sa dignité de praticien et, de but en blanc, me répondit : « Avez-vous voté Macron ? »

Pris au dépourvu par sa réaction inhabituelle, j’affirmais par instinct tant que par conviction une négation radicale.

« Bien, bien… » reprit-il en cochant une case sur une longue liste, que je distinguais en flou, par transparence à travers la feuille.

Son attitude singulière amena à mon tour une question que de coutume je n’aurais pas tentée, étant donné qu’il était l’analyste légitime et qu’il n’était ni de mon ressort ni de mon envie d’inverser les rôles en divaguant vers une interprétation probablement fumeuse ; néanmoins, je glissais :

« Je vous assure, docteur, qu’il ne s’agit pas de regrets déguisés…

– Oh non, loin de moi l’intention de sous-entendre quoi que ce soit vous concernant, et je m’en excuse cher ami, car ma question était en l’occurrence toute personnelle. »

Alors il retourna sa liste, proprement imprimée avec le nom de ses patients, de ses collègues, de ses contacts, où chacun était suivi d’une case OUI ou NON, plusieurs déjà biffées. Et retrouvant son expression déconcertante :

« Voyez-vous, puisque nous sommes entre gens de bonne compagnie, j’ai moi aussi quelques tracas qui se rapprochent des vôtres. Et je puis vous assurer qu’après longue introspection et tenaces discussions avec des collègues d’aussi bonne compagnie, je puis pour une fois affirmer avec certitude que vous et moi sommes parfaitement normaux. Votre réaction est on ne peut plus digne d’un esprit totalement sain.

– Mais docteur, pourtant… sur votre liste… vous avez coché NON en face de mon nom.

– Ah ? Ça… Cela n’a vraiment rien à voir. Je garde juste sous le coude, pas loin de ma clé à molette, l’énumération des OUI pour ceux qui ont voté Macron. »

Ainsi se termina la séance, en échange d’un regard complice, entre gens parfaitement lucides, forts de leurs sagesse et confiants sur ce qu’il restait à faire.


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